Je suis hypersensible

Depuis quelques années déjà, je me suis rendue compte que j’étais hypersensible. L’hypersensibilité se présente sous de nombreuses formes et elle est difficile à expliquer à ses proches qui prennent les réactions fortes que l’on peut ressentir pour des sautes d’humeur. Je ne peux pas dire que mon hypersensibilité me gâche la vie, mais une chose est sure c’est qu’elle la complique et que parfois je me sens complètement débordée par toutes ces émotions.

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L’hypersensibilité, qu’est-ce que c’est ?

L’hypersensibilité est un caractère inné et elle touche 20% de la population. Ce n’est pas une maladie, ni un trouble psychiatrique. C’est quelque chose que l’on est. Une personne hypersensible a une vision amplifiée de toutes ses expériences et est très réactive à tous les stimuli internes et externes. Cette surstimulation peut très fortement bousculer une personne hypersensible.

Qu’est-ce qui est différent chez un hypersensible

L’empathie, une amie-ennemie

C’est une des choses qui est très difficile à supporter pour moi, cette grande empathie. Je suis devenue complètement perméable à mon environnement. Les souffrances de mes proches deviennent les miennes. Leurs angoisses, leur fatigue, leurs tristesses, leurs conflits… je les aspire comme si elles étaient les miennes. Je ressens un besoin viscéral de les aider, de leur apporter du réconfort, de l’amour.
C’est une chose qui s’est généralisée un bien plus grand nombre lors des attentats qui ont été perpétrés en France ces dernières années. J’ai ressenti tellement de peine pour les gens qui restent, pour ceux qui ont survécu. Quand je regarde les hommages et reportages, je suis paralysée, effondrée. Pourtant, une seule de mes proches a vécu ce traumatisme et quand je pense à elle, j’ai mal au ventre de me dire que personne ne devrait avoir à subir cela.

Depuis, cela s’est étendu à tout. Dans la presse gratuite le matin, j’ai les larmes aux yeux de lire les atrocités de notre monde. Dans la rue, je m’émeus des personnes âgées qui peinent à marcher, des sans domicile, j’ai toujours envie d’aider les gens dans leurs moindres difficultés : aider à porter une valise ou une poussette dans les marches du métro, tenir la porte à une personne âgée ou qui a les bras encombrés alors que je ne rentre pas dans le bâtiment où elle se rend… Je n’agis pas pour avoir quelque chose en retour, je ressens juste ce besoin viscéral d’aider et quand je ne le fais pas, je ressens de la culpabilité.
L’empathie est importante pour comprendre ce que ressentent les autres et pourquoi les aider, mais quand elle est trop présente, on ressent toute la souffrance du monde et la porter devient parfois un véritable fardeau.

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Le regard des autres, une garantie au bonheur ?

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours eu peur de décevoir mon entourage. Mes parents, mes professeurs, mes amis, ma famille… il y avait toujours cette angoisse de faire quelque chose de travers. J’avais besoin d’avoir leur consentement, leur affection, de ressentir leur fierté après chaque chose que je faisais. Je parle au passé mais tout cela est toujours une réalité et il est possible que ça se soit accentué avec le temps.

Au travail, j’ai ce manque de confiance en moi et en mes capacités qui me fait douter de mes actions et j’ai toujours besoin d’une approbation d’une collègue pour me conforter dans ce que je fais. C’est appréciable car j’ai la chance d’avoir des collègues à l’écoute mais également très frustrant car je sais que je suis capable, mais la peur de mal faire et d’être réprimandée me vrille.
Avec ma famille et mes amis, j’ai ce besoin important d’affection. J’ai peur d’être rejetée, de ne pas être une fille suffisamment bonne, une amie pas suffisamment à l’écoute et qui ne donne pas assez de sa personne pour une belle relation.
Lorsque le sentiment d’avoir dépassé les bornes, que les mots dépassent ma pensée ou que j’ai blessé quelqu’un m’envahis, je suis submergée par la culpabilité. Il y a quelques années, je n’arrivais pas à faire le premier pas, à me confier et à m’ouvrir. Aujourd’hui j’arrive à me confier, parfois trop tard et le sentiment de culpabilité peut durer quelques jours ou quelques semaines.

Récemment je suis allée faire des courses et en passant devant le périphérique parisien, je me suis effondrée. J’ai regardé ma vie et je me suis dis que ce n’était pas du tout celle dont je rêvais. En reprenant le travail, j’ai eu cette vague d’angoisses, me disant que je n’étais pas capable. J’ai repoussé certains délais jusqu’à m’en rendre véritablement malade. Je pleurais tous les soirs, j’étais sans cesse au bord des larmes, l’impression que mon estomac était compressé, je n’arrivais plus à respirer correctement par le ventre. Je me sentais prise au piège et l’angoisse de parler à mes responsables n’arrangeait pas les choses. Ca m’a pris plus d’un mois avant de parler, d’accepter qu’il fallait que tout ça cesse et que je devais leur faire par de mon mal être. Quand je l’ai enfin fait, la majeure partie des symptômes avait disparue en une semaine.

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Les sentiments, un juste milieu pas facile à trouver

Lorsque l’on est hypersensible, on se sent à vif sur le plan émotionnel et les sentiments peuvent prendre des proportions démesurées. Je ressens souvent de la colère, bien qu’elle ne soit la plupart du temps pas du tout de rigueur. Lorsque je ne parviens pas à exprimer cette colère ou que je tente de me contrôler, il m’arrive de pleurer. Je me souviens parfaitement de mon année de 4e, un jour que nous faisions la queue pour déjeuner au self, une bande de filles nous brutalisait mes amies et moi. Elles nous poussaient entre elles en nous insultant. Je ressentais de la peine mais surtout une grande colère, j’avais envie de leur sauter au cou pour qu’elles arrêtent. Mais ce sont les larmes de colère qui sont sorties à la place, parce qu’être violente n’est pas dans ma nature.

J’ai toujours eu des réactions imprévisibles et irrationnelles qui ont souvent blessées mes proches. Quelques crises à l’école, des crises de pleurs alors même que je ne comprenais pas pourquoi je pleurais, une peur panique des aiguilles qui me faisait me terrer sous les lits ou chaises de prises de sang, beaucoup de confrontations frontales avec ma famille que je regrette amèrement… Il y a bien sûr toujours des événements qui font de nous ce que nous sommes mais je m’étonne moi-même encore des réactions qu’il m’arrive d’avoir.

Mais il n’y a pas que les sentiments difficiles qui sont accrus ! L’amour, le bonheur, la joie sont autant de sentiments qui m’envahissent avec une force effrénée. Récemment, les nombreux bébés qui ont fait leur arrivées chez mes amies et ma famille ont été des moments intenses de bonheur pour moi. M’occuper d’eux, les prendre dans mes bras, les regarder grandir et faire des bêtises m’emplis de joie. Mais cela s’étend également aux blogueuses que je peux suivre sur les réseaux sociaux… Le bonheur de les voir parents, de voir les enfants grandir. Ce qui est un sentiment étrange puisque je ne connais pas ces femmes ni ces enfants !

Je crois que parler de mon amoureux est un peu inutile car que serait un couple sans ce sentiment de bonheur et d’amour qui comble le quotient ! (petit bisou à toi si tu passes par ici <3)

Parfois j’aime faire le point sur ces choses qui m’emplissent de joie : m’occuper de mes deux chats, de ma grande famille de plantes, marcher en forêt… On peut facilement se dire que ce sont des choses du quotidien, mais ça fait partie des petites choses qui calme l’âme et me remplissent de joie.

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L’environnement extérieur, pas toujours facile à gérer

Notre environnement extérieur et ses stimuli permanents peuvent facilement être nocif pour les hypersensibles. Les petits bruits deviennent une véritable nuisance sonore. Pour les examens de terminale, je devais porter des boules quies pour me concentrer parce que j’entendais les respirations, les cliquetis des stylos, les tapotements de doigts sur les bureaux et les feuilles qui se tourne… Impossible de me concentrer. Depuis quelques années, les lumières fortes me gênent également beaucoup. A tel point que j’ai de plus en plus souvent des migraines ophtalmiques.
L’agoraphobie peut être aussi quelque chose qu’expérimentent les personnes hypersensibles. Ce n’est pas mon cas, mais il m’est arrivé notamment dans le Carrousel du Louvre (oui ceux qui connaissent savent) et rue de la Soif à Rennes, de me sentir complètement engouffrée et étouffée par ce monde, cette foule compacte et bruyante. Le sentiment de manquer d’air, de me sentir étourdie, le besoin de sortir à tout prix et de respirer dans un endroit calme.

La ville elle même me rend parfois très anxieuse et je me sens bien plus à mon aide dans une forêt, à la montagne…

Tous les éléments, parfois conflictuels, me font beaucoup penser au film d’animation Vice Versa ! Si vous ne le connaissez pas, je vous le recommande car il permet de comprendre de manière ludique ses émotions avec les personnages de Joie, Tristesse, Colère, Dégoût et Peur. Je suis sure que vous reconnaitrez les petites voies dans votre tête !

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Comment peut-on soulager ce trop plein de sensibilité ?

Pour libérer un peu ma conscience, j’avais pour habitude d’aller courir tous les week end et de faire du sport en général. C’était plutôt efficace. Et puis après quelques temps l’envie s’est envolée et aujourd’hui je fais du yoga ! J’ai la chance d’avoir une excellente prof au centre Marc Sangnier (hello Sandra si tu passes par ici !) et depuis que je pratique, j’arrive un peu mieux à contrôler mes émotions au quotidien, je suis moins crispée et je travaille beaucoup sur ma respiration, surtout la respiration ventrale et depuis un an et demi que je suis ses cours je n’ai pas fais une seule crise de panique (YAY !).

La nature aussi est un vecteur de bien-être. J’aime beaucoup marcher en montagne et en forêt, je respire l’air frais, je me sens apaisée. Le jardinage en intérieur comme en extérieur permet aussi d’avoir l’œil et la main sur l’évolution de ses plantes, fleurs, ou même fruits et légumes. Et ça apporte un sentiment de fierté !

L’art aussi est une activité qui est intéressante pour les personnes hypersensibles. Beaucoup d’ailleurs ont un véritable talent. Que ce soit le dessin, la peinture, la couture, la cuisine, la photographie, l’écriture ou que sais-je, l’art permet d’extérioriser ce que l’on ressent.

Enfin une aide extérieur peut également être la bienvenue. Parler est pour moi une des choses les plus importante. Il peut m’arriver de trop parler d’ailleurs (on ne parlera pas de la longueur de cet article !). On ne va pas voir un psychologue parce qu’on a un problème psychiatrique. Il n’y a aucune honte à demander de l’aide. Il est principalement présent pour écouter et apporter ses conseils pour mieux affronter la vie et les problèmes que l’on y rencontre. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide quand on se sent dépasser, c’est aussi comme ça que l’on avance !

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J’espère que cet article mêlant l’hypersensibilité à mon expérience personnelle n’aura pas été trop long et qu’il aura été intéressant. N’hésitez pas à partager vos expériences, ici personne ne juge, la bienveillance est de rigueur !

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